dimanche 25 avril 2010

Fanny rentre de soirée

Il est 5 heures, Paris s’éveille et moi je vais me coucher.
J’habite en banlieue à 20 minutes en voiture de la capitale , autant qu’en transport en commun. J’ai 20 ans, je suis blonde avec un accent du Sud qui, fait des ravages auprès des mecs quand je suis bourrée.
Et bourrée, c’est mon état de santé environ tout les samedis. Non pas que je sois une fêtarde à la Paris Hilton champagnisée mais, faire la fête m‘enlève une belle épine du pied le temps d‘une soirée parisienne entre amis. Pourquoi Paris ? Et pourquoi pas ?
Je pense qu’il faut toujours se tourner vers l’impossible, le contraire, le Tout. Paris est Tout. Bien sur, de grands voyageurs vous diront: « Ô! Quel pensée typiquement gauloise, chauvine et totalement égocentrique que l’idée de supériorité sous prétexte que l‘on habite à la capitale. » Je vous prie donc de bien vouloir prendre en compte le point de vue d’une jeune banlieusarde qui passe la plupart de son temps entre deux tours et qui peine à voir le soleil, belle métaphore aristotélicienne de la vérité.
Paris et ses immeubles haussmanniens; Paris et ses jeunes friqués-mais-non-ils-ne-sont-pas-vantards-juste-un-peu; Paris et ses taxis; Paris et ses rues de pavés; Paris et ses cafés jamais fermés; Paris illuminant la lune; Paris et la nuit interminable; Paris et son lever de soleil sur les quais de Seine; Paris et ses vendeurs à la sauvette; Paris et sa drogue douce.

On pourrait croire que j’en fais le commerce tellement mes passages en deviennent réguliers. Je ne suis quand même pas la marraine de la SHIT CONNECTION entre la banlieue et Paris comme le faisait la FRENCH entre Marseille et New York, et puis j’ai ma propre limite: Il faut pouvoir toujours se souvenir de son adresse. Je vous assure qu’un chauffeur de taxi en a rien à foutre de votre nom et de votre prénom tant que vous lui donnez pas une ville à trouver pour son GPS. D’ailleurs, je ne prend plus le taxi. D’abord, ça coûte bien trop cher et secundo, j’ai affinée ma technique. Mon accent est mon arme. Cette nuit, il ma bien servi. J’ai touchée dans le mille un beau brun un peu guindé qui n’a pas caché sa joie pour me ramener chez moi, histoire de faire plus ample connaissance. Manque de chance pour lui, ou pour moi. Je m’étais vulgairement torchée et n’ai réussie qu’à lui bégayer fébrilement le nom de ma ville avant de m’enlacer dans, non pas ses bras mais ceux de Morphée, qui me faisait du gringue depuis le cinquième pétard.







Me voilà en bas de mon immeuble, ma tour résidentielle enfin, je veux dire, Nous voilà. Il a garé sa smart sur l’emplacement gendarmerie et est descendu rapidement m’ouvrir la portière que je crus par galanterie au premier abord, sa maladresse m’attendrit mais je compris rapidement que tout n’était que précaution hygiénique. Je manquais en effet, de vomir tout ce que j’avais bu de la soirée sur son siège de cuir que je trouvais par ailleurs, de très mauvais goût pour une ridicule smart sans grand intérêt. Je voulu l’embrasser pour le remercier mais il s’esquiva finement en me sortant de la voiture digne d’une princesse qui avait la bouche pâteuse, les yeux dans le mascara et un jean taché. Il m’accompagna à monter les quelques marches qui menèrent jusqu’à la grande porte et me baisa la main. Je lui sourit toute confuse et alors qu’il se retourna pour partir, par un élan de je-ne-sais-quoi je ne lui vomit pas dessus, je ne l’embrassa pas, je lui demanda tout simplement son prénom. Il sursauta d’étonnement et répondit à contrecœur qu’à quoi bon si je ne m’en souvenais pas en me réveillant le lendemain matin. Je me rappelle lui avoir dit que son nom régnerait dans ma mémoire comme un grand seigneur machiavélique, le Don Juan insolent du théâtre qu’est ma vie. Au fait, j’ai fait du théâtre et il m’arrive souvent, à des moments de faiblesses de revoir mes vieux démons éloquents sortir de grandes tirades dramatiques dénuées de toute introversion.
Bien entendu, je ne pensait pas que j’allais oublier ce prénom et même pis son visage, au moment même où j’allais franchir cette porte vitrée.

Je suis dans le hall de l’immeuble. Les néons d’une blancheur aveuglante s’amourache de façon frénétique avec la pénombre en simulant l’ambiance d’un mauvais film de genre. Je ma fait prendre au jeu et me voit frémir d’une peur incontrôlée. Il n’y a personne, je le remarque après une fine observation de l’état du lieu, encore bien éméchée, tournant sur moi-même une bonne douzaine de fois. Je voulu rejeter tout mon estomac sur le carrelage bleu javel mais la peur du noir, de l’inconnu me tenait trop aux jambes pour m’étaler et cuver, alors je pris mon courage sur les épaules et frappa d’un coup sec, le bouton d’ascenseur.
Merde! La minuscule boîte en fer qui me relie d’ici à mon chez-moi tout douillet est stationné au 15e étage. Il met environ 2 minutes 50 quand personne ne le prend au passage et les néons s’éteignent au bout de 5 minutes. Il me reste le quart de luminosité. Je commence sérieusement à décuver. Ce n’est pas normal. Il est peut-être tard ou tôt, suivant le sens où l’ont prend la vie mais la violence ne se couche jamais car je commence à avoir peur.

Je me sens trop seule. Il aurait quand même pu m’accompagner jusqu’à chez moi, je lui aurait offert un verre de lait, je me serais endormie et il aurait claqué la porte en partant. Malheur à lui!
Pas un dealer à portée de vue, les placards transposant les compteurs électriques peinturlurés sommairement, sont vides.
Pas un dealeur qui touche à sa marchandise.
La porte coupe-feu peinte en gris cassé est fermé. Pas de bruit ni de cri ni de musique endiablée.
Pas un dealeur qui repeint les murs avec sa marchandise. Je pourrait bien prendre l’escalier mais mes jambes me font défauts terriblement. Je flippe et me demande si je n’en fait pas un peu trop, c’est peut-être ce que j’ai fumer qui me rend toute chose pour le moindre détail anormal. Et puis la plupart des dealeurs ne sont pas branché came, la plupart du temps.

J’entend dehors des cris. Ou c’est de la musique, enfin du mauvais rap quoi. Et cette foutue boîte qui n’arrive jamais. Les bruits se font plus proche. Sueurs froides, comme dans les films. Sans musique, c’est tout de suite plus sinistre. Un léger violon.
Je ne quitte plus la porte de l’ascenseur. Le doigt collé contre le bouton, les yeux rivés sur la poignée. Je n’ose plus regarder autour de moi. Je me sens vaciller, seconde partie du décuvage.

Je crois voir des ombres s’approcher ou seraient-ce un mirage qui obstrue mon esprit ? Le son grésillant dans mes oreilles devient rapidement un vacarme vrombissant.
Je me recroqueville sur moi-même et porte mes mains à mes oreilles. Mon ventre s’enflamme. Volcan d’Islande en éruption.
Un nuage de cendre faillit jaillir de mon estomac lorsque une sonnette furtive retentit. L’ascenseur est là. Je vais pour ouvrir la porte et, par la vitre je vois que des gens veulent sortir. Une masse informe ouvre la porte. Quatre hommes, le teint halé mais pâle. Excusez le jeu de mots mais, à 5 heures du matin et en costume de balayeur on a rarement la mine bronzée et le regard joyeux. Ils me tuèrent des yeux, aigris et jaloux de ma jeunesse, de ma futilité, de mon sexe libérée et sans pudeur aucune je présume. Je les comprend à vrai dire. J’étais l’incarnation même de la loque humaine que Coluche avait prédit humoristiquement envers notre génération. À quoi bon le nier. Enterrée au niveau des caves et des compartiments à poubelles, je me traina au fond de la boite en métal. Les hommes partirent en blasphémant des mots étrangers que je ne comprit que partiellement. Je me disais qu’à défaut de m’insulter, ils auraient du m’aider à atteindre le bouton du 12eme étage. Le temps pour mon psychisme d’exercer une forme nouvelle d’espace-temps à savoir, le ralenti.
Je crus voir mon bras s’élargir et le bouton rapetisser tellement le temps s’ennuyait à exécuter cette action.

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