mardi 4 mai 2010

Fanny va en boite


Fanny est toute pimpante. Fanny s’est maquillée. Un peu les lèvres, une pointe sur les yeux. Fanny a les cheveux blond, long et ils sentent bon le shampoing à l’abricot. Fanny n’a pas mis sa jupe la plus courte mais la plus étincelante. Elle serait parfaite pour faire du vélo la nuit. Mais Fanny ne va pas faire du vélo. Elle sort en boite.
Une amie devait venir la chercher de Paris mais s’est désistée au dernier moment. Fanny reçoit le texto dans l‘ascenseur. Foutu ascenseur !
Il pleut des cordes à en pleurer. C’est le mois de Mars, les giboulées ça va passer se dit-elle. Fanny a repris l’ascenseur, pris un parapluie et redescendue dans ce foutu ascenseur qui sentait la gerbe soudainement. Dehors, des gamins courent en riant, parsemant par ci, par là, boules puantes et pétards mouillés.
Fanny manque de se claquer la cheville maintes fois en courant jusqu’à l’arrêt du bus bondé. Ses chaussures à talons lui lassèrent les pieds avant même d’avoir fouler la moindre piste de danse et le bus est bien sur, parti sans elle.
Il va maintenant falloir pour Fanny, agir avec finesse et rapidité à savoir éviter les gouttes de pluies déferlantes, les flaques d’eaux profondes et éclaboussantes, les conducteurs vicieux et rigolards pour atteindre sans encombres et sans flottes, la gare du RER.
Le narrateur pour ne pas dire narratrice passe les détails sur l’épopée diluvienne car tout de go il ou elle vous informe que Fanny n’est presque pas trempée alors à quoi bon en parler ? De plus, Fanny ne s’est pas faite draguer dans le RER ni agresser. Un vieil homme à cracher un mollard devant elle et le nuage parfumée qui jouait avec son ombre s’est évaporée au premières odeurs de l’habitacle.
Fanny retrouve ses amis devant la boite. Elles sont toutes pimpantes, toute maquillées, toutes joviales et séduisantes. Fanny l’ébouriffée sentit monter en elle un surplus sanguin qui prit le contrôle de son cerveau et un peu de son faciès, pour y ordonner à ses pieds de rebrousser chemin à toute vitesse. Ce qu’elle fit. Heureusement son sac-de-femme-trousse-de-secours-féminité ne lui fait jamais faux bond. Un petit coup de vaporisateur, un rétablissement capillaire, deux trois mouchoirs à la menthe, un petit poème en ose: "la rose ose et rase mes belles phrases. Elle les arrosent en petites doses mais pause! Voilà qu’elle me cause en prose, la rose." Histoire de garder son accent du Sud en changeant les «o« en «a-circonflexe« et le tour est jouer.
Fanny dit bonsoir, embrasse, demande si ça va, sourit, rit et dit: «Après, je pourrais dormir chez toi,? plus de RER après une heure!» et cette mascarade dure en fonction du nombre d’amis présents. La plupart lui disent tout penaud, que le premier est à 5h du matin et Fanny sourit, comme quand elle apprend quelque chose de vraiment nouveau.
La boite est, gratuite pour les filles, immense, bondée et musicalement dénuée d’intérêt ce qui va généralement de pair. Mais Fanny n’est pas là pour écouter, Fanny est là pour danser! Elle se faufile à travers la foule enjouée et se retrouve nez à nez avec le Grand Manitou de sa folle nuit, l’homme du swing, le Chef, le tourneur éclatant, le Grand Master Flash, le fils des Dieu j’ai nommé le DJ. Accompagnée de toutes ses copines, les hommes préférant s’accouder au bar, Fanny s’élance dans une frénésie de mouvements synchrones et périphériques en direction de son interlocuteur imaginaire. Le démon l’habite et le DJ la guide dans les tréfonds de la jouissance musicale.
Ses amies ne peuvent rien faire pour l’en empêcher et le pire qu’il puisse arriver arriva, lorsque jalouses, elles simulèrent l’orgasme aux premiers «shake your booty!» Trémoussant chaque parties de leur anatomie, des pieds aux tétons, des doigts aux sourcils. Tout cambrait, tout suintait, tout brulait, tout criait, qu’on vienne châtier ses âmes en peine !
Alors les hommes vinrent se frotter à elles, emprunt de machisme et d’after-shave. Ils empoignèrent leur gazelles respective et roulèrent des mécaniques de plus en plus efféminées avec le temps.
Un homme, d'une trentaines d'années vient jouer de ses charmes devant la belle héroïne. Elle le dévisage d'abord, ne comprenant pas que l'on vienne saborder son mirage masculin, le parfait compagnon dansant.
Feignant de s'en contrefiche, elle lui tourne le dos pour mieux l'appâter. Il n'a pas un charme fou mais sait l'utiliser, jouant de sourires en clin d'œil, il lui montre son appareil photo et veut son corps imprimé.
Ce type est d'une sournoiserie vicelarde se dit-elle, éructant un rire d'acceptation. Il est plaisant. Il la braque de tous les côtés, Fanny se laisse tirer doucement. Posant innocemment, de façon grivoise, Ladygagatement, amoureusement, joyeusement, elle oublie peu à peu cette âme qui s'évapore et ce corps qui se pixelise.
L'homme se sent attiré et ne prend plus personnes d'autres qu'elle, sa muse d'un soir. Il sera surement renvoyé le lendemain pour avoir viré en un Robert Doisneau du XXIème siècle au lieu d'immortaliser vulgairement de jeunes gens déjantées qui posent en boite comme Paris Hilton sortant de prison.
Après de longues heures de shooting et de rythmes endiablés, Fanny est lasse de la foule et s'en va derechef, au bras du photographe téléobjectif, photogénique et télescopique (l'appareil, pas le bras)qui semble dénué de négativité et, laissant pour mort sa bande d'amis débraillées, qui cuvent d'immondices et de chaleur entre deux bouteilles de champagnes. L'on notera qu'il est rare de ne pas retrouver Fanny dans ce même genre d'état: le nez dans le vomi et la tête dans les nuages. Mais que voulez-vous, héroïne n'est pas n'importe qui et pas n'importe quand.
L'homme invite Fanny à venir chez lui dans sa smart rouge où il ne cessera de la prendre en photo jusqu'au petit matin. Elle, s'endormira tendrement, esquissant quelquefois, ritournelles d'opérettes et autres enchainements désinhibés.

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